1986

Les grés de Semser
galerie Caroline Corre, 1986

Rue Guenegaud, Paris IV°
Quand j'ai commencé à faire de la sculpture, à 42 ans, pressé par le temps, je me suis demandé quel chemin je devais prendre. La fonction traditionnelle de l'art est la célébration. Je n'avais rien à célébrer. Puis j'ai réalisé qu'un simple constat du ridicule qu'avait à mes yeux le comportement humain me motivait assez pour faire de la sculpture. Le ridicule est donc entré dans mes travaux. Toutes mes sculptures viennent de situations banales que nous partageons tous? C'est la mise en oeuvre de ces situations en sculpéure qui est important. J'essaie de faire rire et de heurter les idées conventionnelles. Je veux montrer le monde comme je le vois. Parce que je ne pratique pas souvent la célébration, la satire vient naturellement.matité.

Depuis la guerre on a fait de la sculpture avec n'importe quel matériau : l'éponge, le goudron, le plastique; les récupérations de toutes sortes autant que les matières traditionnelles. Chaque matière offre les moyens. Il s'agit de dominer la matière et ne pas la laisser s'imposer.
Avec le béton il fallait utiliser sa rugosité et sa matité. Le ciment coloré peut-être autre chose que le béton habituel, et le grès coloré peut devenir une matière mystérieuse et profonde, sans tomber ni dans la faïence de la plomberie, ni dans la brillance de la vaisselle.
Le feu, lui-même, est un outil qui doit être dominé. Je ne veux pas m'en servir pour copier les techniques des autres.
Il me semble que chaque matériau doit servir la volonté de l'artiste sinon il en devient prisonnier.

Un grand dessin est toujours possible avec un petit fusain.

La réalité objective n'existe pas. La réalité est la réaction entre les gens et leur environnement, et c'est toujours très personnel. La réalité dans l'oeuvre d'art n'existe pas non plus. Même un photographe a sa vision personnelle qui le distingue de ses contemporains. le choix du sujet, la façon de la cadrer, le temps de développement du film, le choix du contraste, tous sont des choix personnels qui se retrouvent dans le résultat final.
Le surréalisme, l' expressionnisme et les arts dits primitifs m'ont influencé.

Je crois dans l'interprétation des cultures diverses comme moyen de sortit de nos cloisonnements culturels actuels ; c'est l'essence de l'évolution. Ma vie en France, où les cultures diverses ont été absorbées depuis des siècles, m'a montré que la communication interculturelle est une réalité. Mais communication veut dire également toucher les autres. Faire l'amour est la plus grande façon possible de communiquer. A partir de là il y a un très grand choix de langage. L'art, pour moi, doit transmettre les valeurs de l'artiste qui sont difficiles à communiquer autrement.
Dans une oeuvre d'Art, tout formalisme doit être sous-jacent, important pour la pièce mais pas apparent. Je ne fais pas de lyrisme à propos de la structure; j'essaie de l'utiliser comme un outil, soutenant le contenu. S'il n'y a pas de surprise dans un e oeuvre, ce n'est pas une pièce intéressante ; le contenu détermine la forme de la chose nouvelle. Mais le contenu n'est pas forcément l'image présentée; l'image est seulement une partie du tout.

L'ambiguité de l'image était importante dans l'art abstrait de la première moitié de ce sècle. Les artiste ont remplacé l'image par une structure formelle. Notre génération a beaucoup appris de cette époque. Je crois qu'aujourd'hui l'image doit être intégrée dans la grande tradition, renouvelée par les leçons apprises durant la période abstraite, la tradition dont les artistes pop américains voulaient faire table rase.
Albert C. Barnes, qui a créé la Fondation Barnes à Merion, Pennylvanie (U.S.A.) a dit qu'une oeuvre d'art est plus signifiante si elle est attachée à un sujet. Après avoir hésité longuement, je suis maintenant d'accord avec lui ; l'idée est convaincante parce que le spectateur n'est pas une machine qui analyse. Il n'est pas un ordinateur sans émotion ou sans volonté. Nous sommes des êtres vivants avec beaucoup d'expériences enregistrées dans notre mémoire qui nous poussent à réagir aux objets d'art. Toutes nos expériences et nos valeurs humaines contribuent à la satisfaction sentie quand on regarde une oeuvre d'art réussie.

L'art n'existe pas pour subir l'analyse de Martiens ou de techniciens équipés de compteurs: l'art transmet des sensations et des émotions aux autres.

La couleur est un outil de communication qui a une force particulière en Amérique. On l'utilise pour sa valeur de choc, pour sa vulgarité, pour son attrait sensuel et dans tus les mélanges possibles. Les Américains ne sont pas prisonniers d'une culture.

L'oeuvre d'art est une distillation, pas une décoration. Elle est chargée de l'essentiel, qui dépasse le temps et la mode, reste inhérent dans l'oeuvre, et ainsi fait passer la communication. Je me considère comme un traditionaliste : je crois dans l'Art avec un A majuscule.

Charles SEMSER 1986

Charles Semser
Catalogue expo

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