2000

Chère Madame... la directrice

lettre privée envoyée par Charles Semser à une directrice de galerie après une vente aux enchères d'oeuvres de Charlie ...
Sept. 2000,

Chère Madame.....
Je vous remercie pour votre lettre du 19 Sept.. Vos reproches pour avoir mis en vente mes oeuvres (déjà exposées deux fois) aux enchères sont compréhensibles. il semble que nous n'avons pas les mêmes perceptions du marché de l'art aujourd'hui.
Vous m'avez expliqué qu'il y a deux marchés. Le marché des gros investisseurs et le marché des petits collectionneurs. C'est extrêmement plus compliqué que ça, pour l'artiste. Les ventes aux enchères offrent les prix les plus bas. Ces ventes m'étaient totalement inconnues avec cette année. Depuis que nous avons parlé ensemble j'ai visité plusieurs. Ce que j'ai vu m'a ouvert les yeux.
Les artistes à la mode ou distribués par les galeries les plus connues ont la meilleure côte. Et puis je note que tous mes contemporains y sont occasionnellement; - et pas seulement dans les héritages, mais par leur propres agissements. Tout collectionneur donc peut trouver, en cherchant bien, les oeuvres de Dado, de Lindstrom, de Matta, de Maryan et autres entre 8000 et 20.000 F. Les morts valent un peu plus que les vivants. J'étais un ignare. En discutant avec 3 ou 4 commissaires priseurs, j'ai appris qu'à la base du marché il y a "le Mayer" - un livre dans lequel toutes les ventes sont imprimées et qui sert comme référence pour les prix pour les avertis.
Un groupement de collectionneurs qui sont venus me voir pour un achat, m'a confirmé l'importance du "Mayer", (la bible).
Il faut être enregistré dans "le Mayer" pour avoir une cote dans les ventes aux enchères. Evidemment mes premières cotes sont au plus bas.
Les autres places du marché sont différentes. Les collectionneurs fortunés et passionnés visitent les enchères mais ils achètent aussi dans les grandes et petites galeries selon leur goût; ils visitent les ateliers; un dieu m'a conseillé d'essayer les enchères.
Dans les galeries moins importantes, les galeristes ne collectionnent pas, vendent à un prix modéré, font participer les artistes aux frais et prennent un pourcentage fort du prix de vente. Puis, il y a des galeries qui défendent une tendance ou des artistes très particuliers; des anti-conformistes de toute sorte, au prix bas mais qui sont suivis par une clientèle fidèle et qui prennent beaucoup d'artistes. Et puis il y a des mélanges infinis du genre : il n'est pas nécessaire de parler des grandes galeries établies - galeries de prestige, galeries des institutions dont vous faites partie.
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Le marchand belge - chez qui j'expose - qui a acheté 5 pièces à Douai en a déjà revendu deux - son investissement est récupéré.
Je ne cherche pas à vous influencer; j'explique mon comportement. je m'en réjouis que mes oeuvres trouvent des amateurs et que mon travail actuel est aussi abouti.
J'ai insisté, en face des commissaires-priseurs, pour garder les pièces récentes pour l'exposition dont nous avons discuté. Ces pièces les avaient fortement impressionnées.
Je compte les exposer en galerie quelque part dès que je pourrai.
Un délai d'une année me semble très long.
très amicalement.

SEMSER

Charles SEMSER

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