1998

Lettre ouverte à Libération

8 janvier 1998,

On est écoeuré de voir que LIBERATION donne la parole à deux architectes naifs pour attaquer Pierre Souchaud pour son article du 30 décembre sur L'art contemporain (Libé du 8 janvier).

On peut partager avec eux la phrase "l'Art est dans le monde, le bon, le mauvais...' mais on peut-être qu'étonné à la bêtise qui suit : "Ce qui est effrayant dans ce texte, c'est que quelqu'un apparemment qualifié puisse dénigrer les oeuvres pour ce qu'elles ne sont pas, sans se poser la question de savoir ce qu'elles sont !" On parle des oeuvres de Buren, critiquées par Souchaud.

Toute l'ignorance et la naïveté des auteurs se révèle dans cette phrase. Apparemment l'idée d'un art pompier n'existe pas pour eux. Art pompier : le dictionnaire indique "emphatique et prétentieux". Par extension, aujourd'hui, on estime pompier toute oeuvre faite avec le seul but de gagner de l'argent. A l'origine, "art pompier" était descriptif de beaucoup d'oeuvres du XIX° --- et le musée de Nantes en est rempli. Mais l'art pompier existe toujours; Buren n'est qu'un parmi d'autres (Vasarely, Christo).
En dénigrant ces oeuvres avec beaucoup de perspicacité, Pierre Souchaud comprend bien que l'art conceptuel cher à C. Millet d'ART PRESS a ouvert la porte à un torrent d'oeuvres sans repères, sans valeurs humaines. Les auteurs de cet article et LIBE semblent ignorer que l'un des buts de l'art conceptuel est de vider l'oeuvre de toute émotion -- de tout repère au vécu, de toute valeur ou signification. Ceci n'est pas une opinion personnelle; il y a consensus chez les praticiens. Je lance le défi à LIBERATION de faire un sondage chez les praticiens, bons ou mauvais, sur l'oeuvre de Buren. Je suis convaincu qu'il y a consensus sur le vide, l'ennuie et la bêtise ressenties.
La mode de l'art conceptuel était possible, il y a plus de trente ans déjà, grâce à l'ignorance du public, suivi de l'ignorance de toute la hierarchie de l'"establisment" culturel. Le parallèle est l'histoire du petit garçon qui était le seul qui osait dire que l'empereur était nu.
Mais tout sculpteur ou peintre se rend compte quand une oeuvre est vide, sans émotion, et ennuyeuse. Il y a quarante, dans les milieux des plasticiens on discutait déjà les premières oeuvres conceptuelles sans repère.

Nier aujourd'hui l'ineptie et l'idiotie du concept des conceptuels c'est nier que les oeuvres de la préhistoire, Lascaux ou la grotte Chauvet sont enrichissantes pour tout le monde. On ne peut être plus philistin.
Cordialement.

Charles Semser

. . . . . . . .

page : 1 . 2 . 3 . 4 . 5 . 6 . 7 . 8 . 9